À Massérac, un collectif d’habitants mobilisé pour préserver la qualité de l’eau

par | 5 Fév 2025 | Eau

Dans les marais de Massérac, des captages fournissent de l’eau potable à près de 20 000 personnes, mais des résidus de pesticides y dépassent largement les seuils autorisés. Le Collectif sans pesticides prend ce sujet à bras le corps depuis 2018 pour alerter la population et les élus.

En cet après-midi de mi-janvier et de grisaille, ils sont huit réunis autour de la table de cuisine d’Alain et Régine Haugmard, une tasse de café à la main. Un échantillon du noyau dur du Collectif sans pesticides, une association d’habitants de la commune de Massérac et alentour, entre Guéméné-Penfao et Redon, située en Loire-Atlantique et à la lisière de l’Ille-et-Vilaine.

L’eau est omniprésente à Massérac. Ses 700 habitants ont littéralement eu les pieds dans l’eau en cette fin du mois de janvier, en raison des crues inédites depuis quatre décennies qui touchent la région. En temps normal, elle façonne déjà le territoire, avec de larges marais dans la zone basse du village. La commune est traversée au nord par la Vilaine, au sud par le Don. Elle compte surtout des captages d’eau potable, qui alimentent huit communes et environ 20 000 habitant·es.

Un dérivé de pesticides largement présent

Depuis 2018, le Collectif sans pesticides milite pour avoir accès à une « eau du robinet saine et une nature intacte ». Comment ces citoyens ont-ils plongé dans la marmite de l’engagement pour l’eau potable ? Tout remonte à un courrier de 2017. « Sur nos factures d’eau, il y avait toujours un commentaire de l’ARS [Agence régionale de santé] sur la qualité de l’eau. Et là, on nous annonçait qu’il y avait des dépassements de seuils concernant l’ESA-Métolachlore », décrit Laurent David, ancien chauffeur de bus touristique, impliqué auparavant dans l’association locale de sauvegarde de la biodiversité Nature Avenir.

L’ESA-Métolachlore est un métabolite issu de la dégradation du S-métolachlore, un herbicide largement répandu dans les cultures agricoles, comme celles du maïs. Une des « substances actives herbicides les plus utilisées en France », décrivait même en 2023 l’Anses, l’agence nationale chargée de l’autorisation de mise sur le marché des produits phytosanitaires.La vente de produits à base de cette substance active est d’ailleurs interdite en France depuis fin 2023 et depuis 2024 au niveau européen. Mais la trace de sa présence de l’eau est encore bel et bien présente.

Laurent David, membre de la direction collégiale du collectif, devant l'une des aires de captage de la commune _ Mathilde Doiezie
Laurent David, membre de la direction collégiale du collectif, devant l’une des aires de captage de la commune. Crédit photo : Mathilde Doiezie

Obtenir des solutions

Lors de la réception de ce courrier, « on nous partageait un constat, mais pas de solution », revient encore Laurent David, dont la large carrure est contrebalancée par de petites lunettes rondes et un sourire facile. Lui et d’autres ont donc relevé leurs manches, pour comprendre quel type d’eau coulait de leur robinet. Une fois les statuts de leur association déposée en 2018, leurs actions ont conduit à la fermeture d’un premier captage d’eau, dont les teneurs en pesticides et leurs dérivés étaient bien trop élevées. 

Ils ont également engagé une première procédure juridique. D’abord pour obliger Atlantic’Eau, la société publique de gestion de l’eau dans les zones rurales de Loire-Atlantique, à assumer par une procédure de dérogation la présence de ces métabolites dans l’eau. « Nous étions contre la présence de ces molécules, mais c’était une première étape pour que le gestionnaire reconnaisse les dépassements. Surtout, cette procédure est censée s’accompagner de mesures curatives et préventives », raconte Dominique Fortunato, dont les lunettes rouges soulignent le caractère combatif. Une dérogation finalement entérinée par la préfecture.

Interdire tous les pesticides sur les zones de captage

Mais les solutions proposées paraissaient largement insuffisantes aux yeux des membres de l’association. Le Collectif sans pesticides a alors engagé de nouvelles démarches judiciaires. Il a aussi lancé l’alerte auprès des habitant·es lors de réunions publiques et s’est imposé aux réunions de concertation avec les institutions et administrations concernées. Même si Atlantic’Eau est un partenaire dont il reconnaisse l’implication sur ces sujets, cela patine pour avoir des solutions efficaces, concrètes et simples.

Ce que le Collectif vise et préconise désormais : l’interdiction de toute utilisation de pesticides sur l’intégralité des zones de captage d’eau potable et pas seulement sur un périmètre restreint. Il base son argumentaire sur les préconisations du BRGM, le service géologique national. Les membres du collectif sont convaincus de la transformation possible de l’agriculture locale. Alain, un agriculteur à la retraite membre du collectif, se l’est d’ailleurs prouvé à lui et aux autres en passant d’une agriculture conventionnelle à une agriculture bio sans pesticides.

L'une des aires de captage d'eau potable de la commune _ Mathilde Doiezie
L’une des aires de captage d’eau potable de la commune. Crédit photo : Mathilde Doiezie

Des factures salées pour les consommateurs

Surtout, le collectif pointe du doigt une incompréhension : ce sont les consommateurs – les citoyens – qui supportent principalement le coût final de ces tentatives de dépollution, via leurs factures. Pour faire face à ces pollutions, un nouveau captage d’eau potable est en cours de création, ainsi qu’un chantier de réhabilitation de l’usine de traitement de l’eau potable de Massérac, pour un coût qui a franchi la barre des 4 millions d’euros. Auxquels il faut rajouter l’argent nécessaire à son fonctionnement.

Ainsi que 3,5 millions d’euros, actuellement proposés à des agriculteurs locaux travaillant sur les parcelles de la nouvelle aire de captage. « Ce sont nous qui payons aussi les indemnités pour les agriculteurs », s’agace Olivier Guindon, ancien technicien de rivière, qui en connaît donc un rayon sur l’eau. « Y compris les habitants du sud de la Loire », souligne-t-il, comme pour en appeler à une solidarité citoyenne plus globale autour de cet enjeu, puisque les coûts sont mutualisés au sein d’Atlantic’Eau.

Loin du concept pollueur-payeur

Tout ça finit par faire grimper le prix du litre d’eau potable. Et l’application du concept pollueur-payeur s’éloigne… Le Collectif sans pesticides dénonce le chèque généreux proposé aux agriculteurs, tandis que les acteurs agricoles locaux font la fine bouche. La section départementale du syndicat agricole de la FNSEA s’affiche contre toute interdiction de pesticides, préférant les contributions volontaires. « C’est ce qui a déjà été fait jusqu’ici, le résultat c’est que l’eau est polluée », balayent les membres du collectif. Une enquête publique doit se tenir au printemps pour évaluer les propositions de protection de sauvegarde de la nouvelle aire de captage.

En attendant d’avoir des résultats concrets, les membres du Collectif sans pesticides continuent-ils de boire l’eau du robinet ? Il y a bien Régine qui a une fontaine avec un filtre. Ou Alain qui a acheté un osmoseur. Mais tous continuent à boire de l’eau du robinet plutôt que de l’eau en bouteille. « C’est soit de la pollution plastique, soit de la pollution par les pesticides », répondent-ils, pris au piège d’une situation sans issue pour le moment.

Reste la mobilisation pour faire avancer les choses : le 22 février, ils manifesteront à Redon aux côtés de France nature environnement, Bretagne vivante et d’autres associations pour demander une meilleure protection de l’eau et des milieux aquatiques.

L'une des aires de captage d'eau potable de la commune _ Mathilde Doiezie
L’une des aires de captage d’eau potable de la commune. Crédit photo : Mathilde Doiezie

Photo bannière : crédit photo : Mathilde Doiezie

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