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Y aller… ou pas ?

par | 3 Juin 2024 | Editos

Dérogations, reports, exemptions. Voilà qui signe l’évolution récente voire les projets imminents de la politique agricole européenne. De l’exemption de contrôle du respect des règles de la conditionnalité environnementale pour 65 % des bénéficiaires de la PAC au à la dérogation de la pourtant essentielle rotation au profit de la diversification des cultures, voici ce qui est dans les tuyaux ou déjà acté.

Un beau détricotage de ce qui était déjà bien bien en deçà – le Pacte vert – de toute nécessité première, c’est-à-dire un réempaysannement de nos sociétés par l’agroécologie et par l’agroforesterie, un revigorement de nos ruralités par la petite paysannerie et par tous les métiers artisanaux de l’autonomie. Tout cela pour faire face aux ruptures d’approvisionnement déjà entrevues, à la descente énergétique engagée… et à la dévastation du vivant orchestrée par nos modes productifs en état d’ébriété caractérisé.

Lire aussi : L’Europe, un modèle agricole en bout de course ?

Des lobbys décomplexés

Alors, beaucoup pourraient dire : « jusqu’ici rien de vraiment nouveau. » L’Europe défend, quelle que soit l’obédience aux commandes, les alliances en responsabilité, des politiques qui, du fait même de leur échelle, sont productivistes et technocratiques. Et tout ceci se fait dans le déni des territoires de vie et des pays géographiques, qui, de taille humaine et écologique, de culture et de communautés, sont pourtant la seule échelle pour retrouver l’humilité en rapprochant maintenant sérieusement production et consommation. Doit-on rappeler que l’humilité partage la même racine qu’humus et humanité ?

Cependant, nous assistons depuis quelques temps, particulièrement à l’occasion de cette campagne électorale, à une décomplexion totale des lobbys de l’agriculture industrielle et de l’agro-business surfant sur les révoltes agricoles, épaulés par des pouvoirs dominants qui, au nom de la souveraineté productive, puisent maintenant là non plus sans décomplexion dans les discours identitaires.

Lire aussi : A la veille des élections européennes, un débat réunit une gauche raccord mais divisée dans une ferme en Mayenne

Point de salut sans relocalisation

Mais dès lors que faire d’institutions défendant sans relâche les réseaux de la mondialisation, pour quelques intérêts et profits bien sentis, singulièrement des lobbys, avec quelques pensées un brin nauséabondes derrière ? En fait, face aux ruptures d’approvisionnement, face à la maltraitance de toutes les conditions d’existence (de la ferme à l’assiette), et bien sûr, face à la dévastation du vivant orchestrée par ce modèle massifié unissant les puissances de l’aménagement (les métropoles-machine) et celles de la chimie (les campagnes-machine), point de salut sans une relocalisation, écologique cette fois-ci, de nos propres conditions de subsistance.

Faire au plus près, dans la proximité, avec ses familiarités, ses solidarités, pleinement conscients de la mutation-dégradation rapide des écosystèmes et des conditions d’existence : voilà sans doute la solution. Or, par effet de taille et ce faisant d’éloignement et de dépossession de nos capacités directes d’intervention, l’Europe ignore royalement tout cela.

Lire aussi : La société civile en ordre de bataille pour une Europe plus durable

Revenir à l’échelle des territoires et des biorégions

A minima, et encore (!), seule des actions territoriales non technocratiques, réellement déconcentrées, autrement écologiques car à l’échelle de terroirs et de biorégions de tout au plus quelques petites dizaines de kilomètres, unissant des communautés villageoises et petites villes de proximité dans le cadre d’une réelle démocratie, seraient la solution. Mais de tout ceci, un brin décroissant convenons-en, rien logiquement dans les grands programmes du moment, tous dans la surenchère technophile et productiviste visant à tout faire pour que rien ne change.

Le béton pour grossir, les engrais pour « nourrir », voilà le mantra, et l’Europe, du fait de son échelle d’action et de ses prérogatives d’interventions, en est un acteur premier, tout comme globalement les États d’ailleurs. Voilà de quoi se faire un petit nœud au cerveau face aux échéances à venir !

Lire aussi : Les ruralités, ou comment ré-enchanter nos sociétés !


Guillaume Faburel est professeur d’Université à Lumière Lyon 2, à l’UFR Temps et territoires et enseignant à Sciences Po Lyon, Sciences Po Rennes et Paris 1 ; chercheur à l’UMR Triangle (CNRS, École normale supérieure de Lyon, Universités Lyon 2 et de Saint-Étienne, Sciences Po Lyon). Il est aussi coordinateur des États généraux de la société écologique post-urbaine : https://www.post-urbain.org Son dernier ouvrage paru s’intitule Indécence urbaine

L’An III du Post-urbain « Les joies de l’autonomie et de ses communs. Autosubsistance et autogestion dans un monde post-urbain » à Ploërdut (Kreiz Breizh), les 14, 15 et 16 juin 2024 en partenariat avec Régions & Peuples solidaires et Les Champs d’ici.

Photo bannière : Guillaume Faburel prépare l’An III du Post-urbain. @Crédit photo : Thomas Louapre / Divergence

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