Le média de la ruralité, de l’écologie et de l’agriculture paysanne

Entre espoirs douchés et doutes: l’épineuse route de l’installation agricole

par | 4 Mar 2024 | Agriculture

Loin de la gronde des exploitants agricoles, on n’entend que peu les quelques 200 000 ouvriers agricoles qui participent activement au bon fonctionnement des exploitations agricoles. Marius Chauvin est de ceux là, avec en ligne de mire une installation personnelle. Un véritable marathon. 

Marius Chauvin a 24 ans quand il décide de changer de vie en 2016. Titulaire d’un bac pro de commerce et employé dans une association d’éducation populaire, il s’inscrit auprès de la Chambre d’agriculture de Nantes pour passer un BPREA spécialité cultures légumières. « Attiré par la permaculture », le jeune ligérien a en effet l’intention de s’installer comme maraicher en bio. 

Ouvrier agricole, un passage obligé

Considérant que malgré le diplôme décroché, il n’est pas encore en capacité de mener à bien son projet, Marius souhaite cependant travailler dans un premier temps comme ouvrier agricole. « Un an d’études n’était selon moi pas suffisant pour maitriser totalement le sujet. C’est pour ça que j’ai voulu parfaire ma formation de terrain en me faisant embaucher de mars à octobre dans l’exploitation où j’avais effectué mes stages et où ils pratiquent sur une petite surface de 2,5 hectares, du maraichage bio et diversifié comme j’ai moi-même l’intention de le faire à terme. J’ai également bossé de janvier à mars dans une autre exploitation, bio toujours mais beaucoup plus grande (10 hectares) ». 

Credit photo Jean-Pierre Chafes

Succession de contrats à durée déterminée et main d’œuvre étrangère

Si cette formule lui convient plutôt bien et lui permet en tout cas de peaufiner son projet d’installation, Marius va – comme de nombreux ouvriers maraichers – enchainer pendant trois ans les contrats à durée déterminée sous le régime des TESA (Titres Emplois Simplifiés Agricole). Payé au Salaire Minimum Agricole (8,11 euros net de l’heure) et privé de prime de précarité en fin de contrat, Marius a eu ainsi l’occasion de se faire une idée précise de la condition d’ouvrier agricole. « Il y a bien sûr des  différences d’une exploitation à l’autre – et j’ai pu m’en rendre compte moi-même à travers mes expériences -, mais le travail est dans l’ensemble difficile physiquement et le salaire loin d’être 

attrayant. Ça explique évidemment en grande partie la pénurie d’ouvriers agricoles en France et le recours de certains exploitants à une main d’œuvre étrangère souvent moins bien payée que les Français ».

Peu de terres agricoles disponibles

Rattrapé par sa formation sociale initiale, Marius Chauvin décide en 2019 de rejoindre l’équipe du Jardin de Cocagne angevin, une association de lutte contre l’exclusion, en tant qu’encadrant technique. « Je voulais voir comment allier le social et le maraichage ». Il va donc gérer une plate-forme de récupération de fruits et légumes pour les réseaux d’aide alimentaire, tout en vendant aussi très régulièrement sur les marchés. 

Et toujours décidé à s’installer à son compte, il se heurte là encore parallèlement au déficit de terres disponibles. « La préemption de certaines terres par les SAFER (Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural) pour aider les jeunes agriculteurs à s’installer est en effet loin d’être suffisante. Il faut suivre attentivement auprès de chambres d’agriculture et du Répertoire départemental à l’installation, les terres qui se libèrent. Et de façon générale, il y a trop peu de terres disponibles par rapport aux demandes.» Marius finit pourtant par trouver à Denée, en Maine et Loire, le terrain propice pour mener à bien son projet. 

Et un arsenal administratif

Mais Marius n’est pas au bout de ses peines puisque l’autorisation d’y installer 720m2 de serres sur 1 hectare dédié au maraichage est assujettie au classement de cette parcelle située en zone naturelle, en STECAL (secteur de taille et de capacité d’accueil limitées). Et cela passe par une révision du PLU toujours en stand by à ce jour.

Tout comme la dotation jeunes agriculteurs à laquelle Marius peut prétendre en tant que titulaire de la capacité professionnelle obtenue grâce à son BPREA et par la possession d’un Plan de Professionnalisation Personnalisé suite aux 21 heures de stage obligatoires. « Les 20000€ de Dotation Jeune Agriculteur auxquels s’ajouteraient les 7000 attribués pour les exploitations bio seront en effet les bienvenus au début de l’installation, quand c’est difficile de se sortir un revenu ». Entre espoir et détermination, il ne faut jamais rien lâcher.

Sans certitude sur l’avenir

Non syndiqué mais présent à plusieurs prises ces dernières semaines sur les rassemblements d’agriculteurs en colère, Marius n’ignore aujourd’hui plus rien des   embûches pour vivre actuellement de son métier. Au point d’avoir construit un business-plan plutôt raisonnable. « Sur un hectare en culture, on n’a pas prévu avec le collègue maraicher qui m’accompagne dans ce projet d’être à plein temps. Même si on pense pouvoir atteindre les 1200 euros du minimum agricole au bout de cinq ans d’exploitation, je préfère garder un salaire « sécure » à côté ».

Alors en attendant, Marius travaille comme ouvrier agricole chez un maraicher à Denezé-sous-Doué.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *