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Quand l’homme ne retient jamais les leçons de la nature

par | 6 Fév 2024 | Littérature

José Cubero, historien majeur de la pensée sociale du Grand Sud Ouest est devenu bien malgré lui, avec son livre « La lande, le pin, le feu » prédicateur de mauvais augure. En effet, son livre est signé de 2019, soit bien avant l’incendie ravageur des landes de Gascogne l’été dernier. Celui-ci relate les événements du grand incendie de 1949 qui ravagea 50 000 hectares du massif landais jusqu’aux portes de Bordeaux.

Comment ne pas penser à l’ironie de l’histoire à la lueur de ces écrits et faits non expliqués toujours à ce jour? C’était en effet toute la pensée qui avait déjà prédestiné à l’écriture de l’ouvrage en question pour l’auteur: « Nous ne sommes, nous historiens, que des relateurs des faits, mais il faut bien avouer qu’ici, se niche au carrefour de l’histoire cet incendie encore inexpliqué à ce jour et qui fait se reproduire les même faits sans que l’homme n’ait encore pu les contrôler malheureusement. »

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Une origine inexpliquée

 En effet, tout indiquait une fin du monde à Bordeaux cette année là, des vols de criquets assombrissaient le ciel sans explication, comme d’un signe avant-coureur d’un malheur et d’un réchauffement inédit des températures cet été là. Au matin du 20 Août 1949, une fumée signala au loin le feu aux portes de Bordeaux qui mobilisa pour la première fois des pompiers volontaires provoquant la mort de 82 d’entre eux.
« On ne connait toujours pas aujourd’hui l’origine de ce feu terriblement meurtrier. Les consignes de protections des habitants et des pompiers étaient pourtant courantes face aux incendies réguliers dans les Landes. Tous devaient se coucher pour laisser passer le feu au dessus d’eux. 

Malheureusement ce jour là, les arbres se sont soulevés au passage des flammes comme d’une bulle thermique insensée et sont retombés sur eux en feu. »
La nuit de cendres venait de tomber sur la ville et le sud de la Gironde après cette explosion foudroyante, qui s’est empirée par des vents d’Est en Ouest, relançant sans fin l’incendie durant des semaines et des semaines. Marquant à jamais les mémoires, cet incendie fut de trop. 

Et des pratiques fragilisantes pour le massif

« La culture du feu a toujours été très présente dans les landes, les bergers pouvaient le déclencher eux-mêmes pour réaliser des écobuages contrôlés ( ndlr: le nettoyage des garrigues) mais qui finissaient par partir en feux. »
Les locomotives à vapeur du chemin de fer ont également provoqué de nombreux incendies. Et de fait, l’extension productiviste de la pinède a accentué la sensibilité du massif au risque d’incendie.

 

Reconstruire le massif à la lueur de ses points faibles

 Ainsi, la période des grands incendies landais s’étend de 1937 à 1949, où l’on estime que plus de 450 000 ha (plus de 40 % de la surface du massif) ont été parcourus par les flammes. Les techniques de luttes contre les feux à l’aide de branches, de pelles ou de pulvérisateurs à dos ne sont alors plus suffisantes. Face à ces ravages, en 1945, une ordonnance rend les associations de DFCI ( défense des forêts contre les incendies ) obligatoires dans tout le périmètre des Landes de Gascogne. L’aménagement et la protection du massif forestier est alors repensé avec des travaux de prévention, d’aménagement et de cloisonnement de la forêt: « Malheureusement, l’homme étant ce qu’il est, les chemins anti-incendies prévus pour quadriller le massif et le protéger se sont avérés trop étroits pour le passage des camions de pompiers. Autant dire que ce fut la catastrophe. »

Et recommencer les mêmes erreurs

« Pour restaurer la forêt, on replanta des pins et des chênes qui brûlaient moins, mais aussi les aménageurs favorisèrent l’installation de nouvelles fermes productivistes qui produisaient du maïs et des asperges. Autrement dit, on délégua la forêt aux professionnels puisqu’on arrivait plus à l’entretenir. »
Plus de gemmeurs, plus de résine, l’usine à bois avait champ libre, installant d’énormes scieries à contreplaqué le long du massif. La forêt artificielle s’est ainsi étendue aux dépens de la forêt primitive et des bergers qui l’entretenaient. L’histoire nous dit aujourd’hui que les landes n’échappèrent pas à la fatalité puisque cette forêt si dense se fragilise chaque jour plus avec le réchauffement climatique.

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