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Faire renaître la forêt angevine

par | 4 Fév 2024 | Forêt

Deux ans après l’incendie qui a ravagé près de 1300 hectares, l’heure de la reconstitution du massif forestier de Baugé-en-Anjou a sonné. Mais quel sera l’aspect de la forêt de demain ?

Le 8 août 2022, un incendie a ravagé Près de 1300 hectares da ns le massif forestier de Baugé-en-Anjou. Plus particulièrement dans un triangle Clefs-Vaulandry-Montpollin. Photos J-P Chafes.

S’il faut remonter à 1959* pour retrouver un incendie d’une ampleur comparable à celui du 8 août 2022 et des 1280 hectares ravagés entre Clefs, Vaulandry et Montpollin, trois communes déléguées de la commune nouvelle de Baugé-en-Anjou, le Maine-et-Loire n’est pas – contrairement à ce que pourrait le laisser penser sa situation géographique -, à l’abri de ce type d’événement. Au contraire. Dans son atlas régional du risque des feux de forêt paru en novembre 2022, la Direction régionale de l’environnement, l’aménagement et le logement indique même que « les massifs compris entre Angers, Le Mans et Tours sont les plus sensibles de la moitié nord de la France, avec le même indice que la forêt des Landes ».

Pin maritime, une majorité très inflammable

 Dans un contexte récurrent de faibles précipitations propice aux incendies, ils présentent en effet un important facteur aggravant : leur composition. Majoritairement, « des pins maritimes, classés avec une sensibilité forte au feu » par la Dreal et dont plus de 800 hectares ont été la proie des flammes entre le 8 et le 10 août 2022.
Mais pourquoi autant de pins maritimes sur des terres où ils ne sont pas endémiques ? Une chose est sûre, cela ne date pas d’hier. Selon Claude Grimal, auteur des « Forêts d’Anjou entre Loire et Loir, l’exploitation de la forêt » (1), l’introduction du pin maritime en Anjou par un certain marquis de Turbilly remonte en effet à 1749.
Si l’on retiendra que Mandy Gréaume, technicienne 

Un an et demi après l’incendie, les étendues couvertes essentiellement de pins maritimes offrent toujours des paysages de désolation. Photos J-P Chafes.

forestière pour le Centre National de la Propriété Forestière, justifie cette initiative par le fait que le pin maritime est « une espèce frugale, à son aise dans les sols sablonneux à fort déficit hydrique », on n’oubliera pas non plus que le pin maritime fait l’objet depuis le XVIIIème siècle d’une importante exploitation. Longtemps pour sa résine ; aujourd’hui encore pour son bois.
Ce sont d’ailleurs ces considérations économiques qui ont été au centre des premières initiatives prises après l’incendie. A commencer par l’abattage des arbres touchés par le feu (environ 150 000m3 au total selon les chiffres de Fransylva) et vendus essentiellement comme bois d’œuvre et bois industrie pour ce qui est des résineux et comme bois énergie et bois de chauffage pour les feuillus.

Les feuillus ont été plus épargnés par les flammes. Ils n’en portent pas moins encore aujourd’hui les stigmates du passage du feu. Photos J-P Chafes.

On ne change pas une… forêt qui brûle

 Cette opération effectuée, la question qui se posait désormais était celle de l’avenir du massif forestier de Baugé-en-Anjou. Avec ses corollaires : faut-il replanter ou laisser faire la régénération naturelle ? Mais aussi que replanter ?
Alors que s’achève la période d’observation nécessaire pour savoir ce qu’allait faire la nature, des tendances se dessinent. « Globalement satisfaisante en particulier sur les parcelles où les cônes des pins maritimes matures ont laissé, sous l’effet de la chaleur, sortir des graines qui ont germé », la régénération naturelle n’en demande pas moins, pour Mandy Gréaume, à être accompagnée « en s’exemptant de la concurrence végétale ». Un argument que l’Association Syndicat Libre de Gestion Forestière des forêts de Baugé-en-Anjou, créée en janvier 2023 et réunissant à ce jour 33 propriétaires pour une superficie d’un peu plus de 600 hectares, reprend par la voix de son président Roger Pourias. « Si des essences comme le tremble, le bouleau ou la fougère qui ne présentent pas d’intérêt en sylviculture, étouffent la génération naturelle de pins maritimes qui pourrait repartir, elles ne seront pas conservées ». D’où un paysage futur qui devrait fortement ressembler à celui du massif avant l’incendie. « La seule chose qui dicte en effet le choix des essences à planter, c’est le sol. Et dans la forêt de Baugé, il est quasi exclusivement composé de sable dans lequel se plaisent les pins maritimes » reprend Mandy Gréaume. « Bien entendu, l’intérêt des propriétaires que nous sommes chargés de conseiller est qu’il y ait un mélange d’essences pour 

favoriser la biodiversité et la résilience, mais ça ne peut pas constituer l’essentiel du peuplement. Pour avoir un ordre d’idée : on devrait à terme retrouver 80% d’essence objectif (pin maritime ou cèdre de l’Atlas), le reste étant constitué d’essences de feuillus qui n’ont pas pour l’instant de vocation de production ».
Mais est-ce vraiment la seule façon d’appréhender le repeuplement du massif ?L’exemple de la partie communale de la forêt touchée par l’incendie (40 hectares) est à cet égard intéressante. Le maire de Baugé-en-Anjou, Philippe Chalopin explique ainsi que même s’il existe « un plan de gestion qui rapporte bon an mal entre 8 et 10000 € à la commune », les problématiques rencontrées ne sont pas les mêmes que celles des propriétaires privés. Dans les faits, après l’évacuation (et la vente) des quelque 6700m3 de bois détruits par le feu et correspondant à quatre-cinq années de coupe, la municipalité beaugeoise n’a d’ailleurs toujours pas pris de décision sur la suite des événements. « Avec l’ONF, en charge de la gestion de la forêt communale majoritairement composée de feuillus – en particulier de chênes -, on est encore en réflexion pour savoir si on va replanter ou laisser pousser les rejets. En attendant, on a déjà investi 140 00€ (et 80 000 à venir) pour l’entretien des chemins communaux forestiers et pour la création de nouveaux coupe-feux. C’est notre rôle de montrer l’exemple avec une gestion plus environnementale qu’économique ».

Régénération naturelle ou plantation : le débat n’est pas encore tranché et la réponse pourra varier en fonction des sites mais le pin maritime restera l’essence objectif dans le cadre d’une exploitation forestière productiviste. En tout cas sur les parcelles privées. Photos J-P Chafes.

« Plus il y a de mélange, mieux c’est »

 Pour d’autres – comme pour Jean-Michel Guillier, expert forestier désormais à la retraite -, l’incendie du 8 août 2022 pourrait même être carrément l’occasion de changer de paradigme concernant l’exploitation de la forêt. Membre du conseil d’administration de Pro Silva France, il dénonce en tout cas la perpétuation d’une sylviculture productiviste. « Quand on pense la forêt comme un lieu de production intensive de bois, le pin maritime est l’essence la plus intéressante. Et c’est pour ce même souci de rentabilité qu’est préconisée après l’incendie la replantation rapide et massive de pins maritimes. Plus vite ils seront plantés, plus vite ils arriveront à maturité et plus vite ils pourront être abattus et vendus. Mais cette vision productiviste et court-termiste est battue en brèche par la répétition des accidents (incendies, mais aussi tempêtes, sècheresse. 

Même le pin maritime qui pousse vite n’a plus le temps d’arriver à maturité entre deux accidents ». A l’instar de ce que certains sylviculteurs ont fait aux quatre coins du pays – et même dans les Landes, où le pin maritime est plus que largement majoritaire -, Jean-Michel Guillier engage donc plutôt les propriétaires impactés par l’incendie à créer sur leurs parcelles une forêt à couvert continu pour une exploitation plus durable. « En favorisant une régénération naturelle et un peuplement mélangé de pins maritimes, de chênes, de châtaigniers, de bouleaux, qui ont des croissances plus ou moins rapides, on s’assure qu’il y ait toujours une production. Surtout quand on ne prélève qu’une partie, entre 10 et 25%, du peuplement à chaque intervention qui a lieu dans une fourchette de 5 à 15 ans. Ce qui signifie également qu’on récolte les arbres d’une même essence à des dimensions différentes qui permettent de les valoriser de façon plus importante. Ce type d’exploitation est possible et a fait ses preuves ailleurs. Alors pourquoi pas à Baugé? »

1 : Dans « Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest » – 1951
* Le 3 septembre 1959, l’incendie avait ravagé 2500 hectares de forêt entre Grézillé, Louerre et Saint-Georges-des-Sept-Voies et provoqué la mort de cinq sapeurs-pompiers. En août 1976 alors qu’une importante sècheresse touche la France depuis plusieurs mois, 2000 hectares brûlent dans la forêt de Fontevraud et 3200 dans celle de Vernantes.

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