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L’Eure des retournements de situation

par | 16 Mai 2023 | Initiatives

Dans le nord du département normand, une collectivité territoriale a installé un pôle d’agriculture biologique. L’objectif consiste à protéger durablement un captage en eau potable.

L’évolution de ce territoire est pour le moins inédite. Elle se déroule en Normandie, sur le territoire de la ville nouvelle de Val-de-Reuil (Eure). Pour en finir avec l’artificialisation de terres agricoles et préserver une ressource en eau potable, les élus locaux, ceux de l’agglomération Seine-Eure, tournent radicalement le dos au passé. Et ce dans une belle unanimité tous bords politiques confondus. A l’époque, soit il y a une quinzaine d’années, l’expérience est une première sur le territoire national.

Bienvenue au pôle d’agriculture biologique sis sur la commune de Val-de-Reuil (Eure – Normandie). Crédit Gilles Motteau – GA presse

Politique publique de sauvegarde

Le pôle d’agriculture bio des Hauts Près voit ainsi le jour. « Dans un premier temps, nous avons identifié un captage en eau potable sur cette zone de terres agricoles céréalières cultivées en conventionnel, rappelle Bernard Leroy, le président de la collectivité territorial agglo Seine-Eure, au nord du département de l’Eure. L’agence de l’eau a précisé alors que ce type d’agriculture n’était plus possible si nous voulions exploiter cette ressource en eau. L’idée de départ était de replanter des arbres… mais après réflexion l’agglo a proposé d’installer un pôle d’agriculture bio. Cette expérience novatrice a recueilli l’adhésion et l’accord de l’agence de l’eau ».

La collectivité territoriale réalise l’acquisition d’une zone dite de « périmètre rapproché du captage ». Quelque 110 hectares basculent ainsi en cultures biologiques : 80 en cultures céréalières et 30 en maraîchage. L’agglo Seine-Eure rachète aussi les baux agricoles en cours. Certains agriculteurs installés de longue date sur ces terres effectuent leur transition en bio. « Nous les avons accompagnés le temps de leur conversion, explique le président de l’agglo. Durant trois ans nous avons fait le choix de ne pas percevoir de loyers ». Des maraîchers rejoignent rapidement le pôle. Dans le cadre d’une première installation, ils sont accompagnés par Bio Normandie. L’association des agriculteurs et agricultrices bio ouvre une nouvelle antenne, in situ. Et ce depuis plus de 10 ans.

Un développement harmonieux

Dernière arrivée, une houblonnière bio qui doit approvisionner la micro brasserie déjà installée sur le site. Crédit Gilles Motteau – GA presse

Outre Bio Normandie, d’autres acteurs économiques, prennent position, au fur et à mesure, sur le site d’agriculture bio des Hauts Prés. Entre autres, l’association Saveurs et savoirs. Ces arrivées successives, au fil du temps, confortent le choix des élus de la collectivité territoriale concernant le rachat d’une friche industrielle jouxtant les 110 hectares de cultures.
« Nous avons saisi cette opportunité, explique Bernard Leroy. Il s’agit d’une ancienne usine de 10 000 m2, dont l’activité a été délocalisée. Lorsque nous en avons fait l’acquisition au début des années 2010, les bâtiments n’avaient guère plus de quinze ans. Ensuite et graduellement nous avons aménagé les locaux pour accueillir des activités liées directement à l’agriculture biologique. Lorsque l’usine a fermé 60 emplois ont ainsi été supprimés. A la fin de l’année 2023, nous serons à 80 emplois recréés sur ce même site ».

L’expérience, ainsi menée, s’avère concluante. A contrario, l’artificialisation des 4 000 hectares de terres agricoles, qui sur le territoire de cette même commune ont donné naissance à la construction de la ville nouvelle de Val-de-Reuil, il y a plus d’un demi siècle. Comme quoi, il est possible de tirer des leçons du passé.

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