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Le septième art fait de la résistance dans les campagnes

par | 5 Mai 2023 | Culture et société

Ouzouer-le-Marché, commune de la plaine de grandes cultures de la Beauce, accueille une fois par mois un cinéma ambulant. Action !

Au plus proche des publics en milieu rural. Crédit Toinon Debenne – GA presse

Devant l’église, le camion à pizza prépare son service comme chaque dimanche. Quelques passants profitent du soleil pour se balader. A quelques mètres de là, des enfants jouent au ballon près de la salle des fêtes. Devant celle-ci stationne un poids lourd. A l’intérieur, cent fauteuils rouges et un grand écran.

Une fois par mois, deux jours durant, la commune d’Ouzouer-le-Marché, bourgade d’environ 2000 habitants, située au cœur de la Beauce, à mi-chemin entre Châteaudun, Vendôme, Blois et Orléans, accueille ce cinéma ambulant. Le « Cinémobile » est un dispositif proposé par la Région Centre Val-de-Loire, depuis une trentaine d’années, pour des communes éloignées de plus de 20 km des salles obscures. En 2022, la billetterie a enregistré 175 120 € de recettes et 53 437 spectateurs.

Une offre plébiscitée

Malgré les difficultés liées à la crise sanitaire et à l’essor des plateformes de streaming, les cinémas itinérants, souvent portés par des acteurs associatifs, parfois par des institutionnels, résistent en milieu rural. Bien que des disparités existent, « ils ont connu une baisse de fréquentation moindre, de l’ordre de 20 à 25% en moyenne contre 30 à 35% pour le reste des salles », note Gilles Ménis, chargé de mission pour l’Association nationale des cinémas itinérants (Anci).
Si certains spectateurs, les plus âgés notamment, ne sont toujours pas revenus après la pandémie, cette offre culturelle singulière reste plébiscitée pour sa programmation variée, entre films populaires et classés Art et essai, ses tarifs accessibles et sa proximité. Certains circuits constituent ainsi la seule animation dans des territoires désertés par les autres services publics, rappelle Maxime Courville, projectionniste et animateur du circuit Cinéma rural itinérant du Cher : « C’est l’événement mensuel pour des communes qui ne célèbrent même pas le 14-Juillet ou les fêtes de fin d’année. »

Un temps pour se retrouver

A quelques minutes du début de la séance, en ce dimanche de Pâques, le public patiente sur la passerelle d’accès. Une trentaine de personnes viennent assister à la diffusion du film d’animation Sacrées momies. Caché derrière ses lunettes de soleil, Alexandre, quadragénaire, revient dans la commune de son enfance, le temps d’un weekend. Plus jeune, il assistait régulièrement à des séances et souhaite désormais faire découvrir le dispositif à ses enfants. « Je trouve cela super de leur montrer que l’on peut faire des activités localement, sans avoir besoin de prendre la voiture. » Lise, quant à elle, vient régulièrement depuis un an. Un rituel mensuel du dimanche soir pour partager avec ses enfants une autre manière de vivre la culture, loin des Multiplex et sans être dans une « logique de consommation ».

Ce soir-là, aux manettes, Baldemar Martins, sweat à capuche orange, communique sa bonne humeur. Le projectionniste assure la conduite et l’installation du camion, la billetterie et l’annonce des séances à venir. Celui qui travaillait auparavant sur les autoroutes, détenteur du permis super lourd, a rejoint l’aventure il y a huit ans. « J’aime le cinéma, l’itinérance, le milieu rural et surtout la mission de service public que j’assure », lance-t-il, en insistant sur l’intérêt du dispositif pour les spectateurs. « C’est leur moment. On n’est pas pressé. On peut par exemple retarder la séance de cinq minutes pour leur laisser le temps de s’installer, de se retrouver, de discuter entre eux. Ce qui serait inconcevable dans un grand cinéma. »

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